« Dig or Die » ou le « trou d’homme » de la Seconde Guerre mondiale comme fait archéologique : à propos des vestiges matériels de la Bataille de Normandie
Mots-clés :
abri, combat, manuel militaire, Normandie (bataille de), outil de tranchée, Seconde Guerre mondiale, tactique, théâtres d’opérations, Entranchment tool, fight, foxhole, military manual, Normandy (Battle of), theatre of operations, Second World War, tacticsRésumé
Aussi essentiel que banal dans le déroulement des combats et au regard des réalités tactiques associées au second conflit mondial, le « trou d’homme » est quasi omniprésent sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, explorés ou non par l’archéologie. L’adage bien connu des troupes du Commonwealth selon lequel « les vieux soldats ne meurent jamais : ils creusent ! », rend assez clairement compte de l’importance de ce type de structure pour les cultures de guerre de 1939-45, sachant que trois quarts des blessures reçues lors de la dernière guerre ont été infligées par des éclats d’obus, de grenades ou de bombes contre lesquels les soldats, toutes nationalités confondues, n’avaient d’autre choix que de s’enterrer. La variété lexicale attachée à ces aménagements basiques du combat d’infanterie permet d’en aborder l’historique, à travers une filiation qui renvoie en partie aux tranchées de la Grande Guerre, mais aussi à une typologie originale qui se dévoile à travers les manuels militaires et les divers exemples mis au jour par l’archéologie au cours de la décennie écoulée, notamment en Normandie. L’aller-retour critique entre les données du terrain et les archives, sources réglementaires, iconographie ou témoignages de vétérans, qui quelquefois nous dévoilent certaines pratiques peu renseignées par ailleurs liées au creusement et à l’aménagement des abris, permet de proposer ici un premier cadre de réflexion autour de ce vestige singulier des champs de bataille de 1939-45. À l’histoire matérielle des « trous d’homme », qui varie en fonction de leur emploi, de l’environnement, du contexte tactique, répond en outre celle des outils de tranchée et des matériaux, réglementaires ou non, employés par les combattants. Cette autopsie d’une structure a priori banale dévoile un pan essentiel, et peu interrogé à ce jour, des réalités tactiques et matérielles de la Seconde Guerre mondiale ainsi que des pratiques empiriques acquises et développées à l’épreuve du feu par les combattants, au cours de ce conflit, afin d’accroître leurs chances de survie.
As essential as it is banal in the course of the fighting and in view of the tactical realities associated with the Second World War, the "foxhole" is almost omnipresent on the battlefields of the Second World War, whether or not explored by archaeology. The well-known saying of the Commonwealth troops that "old soldiers never die: they dig!", quite clearly accounts for the importance of this type of structure for the 1939-45 war cultures, knowing that three quarters of the injuries received during the last war were inflicted by shrapnel from shells, grenades or bombs against which the soldiers, all nationalities combined, had no choice but to bury themselves. The lexical variety attached to these basic arrangements of infantry combat allows us to approach their history, through a filiation that partly refers to the trenches of the Great War, but also to an original typology that unfolds through military manuals and the various examples brought to light by archaeology over the past decade, notably in Normandy. The critical back and forth between field data and archives, regulatory sources, iconography or testimonies of veterans, who sometimes reveal to us certain practices that are little informed otherwise related to the digging and arrangement of shelters, allows us to propose here a first framework for reflection around this singular vestige of the battlefields of 1939-45. The material history of "foxholes", which varies according to their use, environment and tactical context, also answers that of trench tools and materials, regulatory or not, used by the fighters. This autopsy of a seemingly banal structure reveals an essential aspect, and one that has been little questioned to date, of the tactical and material realities of the Second World War as well as the empirical practices acquired and developed under fire by the combatants during this conflict, in order to increase their chances of survival.
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© Vincent Carpentier 2026

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