Souveraineté d’Atikamekw Nehirowisiw et bioénergie forestière : vers une décolonisation énergétique

Auteurs-es

  • Fabienne Rioux-Gobeil Australian National University

Mots-clés :

Transition énergétique, Décolonisation, Souveraineté, Autodétermination, Bioénergie

Résumé

La signature de la Convention Atikamekw [Nehirowisiw]/Hydro-Québec en 1988, qui encadre la gestion énergétique sur le Nitaskinan, envoie un message clair : le gouvernement du Québec ne suspendra pas ses projets hydroélectriques sur ce territoire revendiqué par les Atikamekw Nehirowisiwok dans l’attente d’un traité de reconnaissance de droits. L’implication d’Hydro-Québec, à la fois signataire de l’accord et responsable des activités énergétiques sur le Nitaskinan, souligne le rôle central des entreprises énergétiques dans les dynamiques historiques et contemporaines de colonisation et de néocolonisation. De nombreuses entreprises énergétiques, telles qu’Hydro-Québec, perpétuent et exacerbent les injustices environnementales et climatiques par le biais d’un cycle insidieux : l’exploitation des ressources naturelles accroît la vulnérabilité des peuples autochtones, tandis que leur marginalisation systémique facilite l’accès continu à ces ressources. Dans ce contexte, la transition énergétique, en favorisant la diversification des sources d’énergie et la décentralisation de la gouvernance, ouvre la voie à des initiatives transformatrices. Alors que la littérature s’est principalement concentrée sur l’amélioration des partenariats avec les peuples autochtones au sein des systèmes énergétiques dominants, cet article adopte une perspective complémentaire. Il examine comment un projet d’énergie renouvelable mené par une nation autochtone peut agir comme catalyseur de décolonisation énergétique, tout en mettant en lumière les contraintes imposées par des structures de gouvernance coloniales persistantes. L’analyse porte sur le projet de bioénergie forestière MAMO, porté par le Conseil de la Nation Atikamekw [Nehirowisiw] (CNA). En adoptant une approche à l’échelle nationale, englobant l’ensemble de la Nation Atikamekw Nehirowisiw, ce projet dépasse les modèles conventionnels des projets autochtones, souvent limités aux frontières des communautés. L’article mobilise deux cadres théoriques complémentaires : la justice de transition énergétique, afin d’identifier les injustices procédurales, distributives et de revitalisation associées au projet, et la gouvernance multiterritoriale, afin de dégager des voies de décolonisation à partir des principes énoncés dans la Déclaration de souveraineté d’Atikamekw Nehirowisiw (2014). L’article met en lumière les effets des stratégies coloniales de division sur la reconnaissance nationale, les enjeux de capacité dans la distribution des bénéfices, ainsi que l’influence des territorialités occidentales sur l’exercice de la gouvernance territoriale atikamekw nehirowisiw. En soulignant à la fois les tensions et les leviers d’action, cet article contribue aux débats sur le potentiel – et les limites – des initiatives énergétiques autochtones dans les processus de décolonisation énergétique.

Biographie de l'auteur-e

Fabienne Rioux-Gobeil, Australian National University

Australian National University, Fenner School of Environment & Society, Institute for Climate, Energy & Disaster Solutions

Téléchargements

Publié-e

2026-06-26

Comment citer

Rioux-Gobeil, F. (2026). Souveraineté d’Atikamekw Nehirowisiw et bioénergie forestière : vers une décolonisation énergétique. Revue Œconomia Humana, (3), 150–159. Consulté à l’adresse https://edition.uqam.ca/revue-oeconomia-humana/article/view/3309

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